À quel point le corps est-il crucial pour le design? » M. Margiela

L’image de mode est aujourd’hui au cœur de ma pratique de photographe. C’est une imagerie souvent critiquée ou idéalisée car elle est synonyme de représentation d’un corps modèle incarné par des mannequins perçus comme idéal de beauté.

Avant même le vêtement, ce sont surtout ces corps aux normes strictes qui m’ont fascinés. Modelés au gré des inspirations des photographes et des directeurs artistiques, ils sont soumis à des transformations telles qu’ils en deviennent des individus sans identité. Leur rôle est d’incarner un style et de séduire, selon des tendances, tout en rentrant dans une taille standardisée et bien dessinée.

À l’ère des réseaux sociaux les choses évoluent et la photographie de mode se voit remise en question de façon omniprésente. Les influenceurs et les it-girls deviennent les muses de demain, à l’instar des « supermodels » des années 90, tout en étant souvent plus girondes. L’homogénéisation des morphologies se fait donc ressentir, bien qu’encore discrète et controversée par l’industrie de la mode.

« Lumps and bumps » est une série aux consonances d’un éditorial de mode. Habillée de pièces de la saison SS19, la mannequin affiche un corps hybride et mutant, évoluant au gré des images. Déformé tantôt par l’appareil photographique utilisant un objectif grand angulaire, tantôt par des prothèses prolongeant et caricaturant les formes, ce corps se confronte aux diktats de la mode. Le vêtement est alors mis à l’épreuve, ne tombant plus « juste » et se voyant altéré par des formes auxquelles il n’est pas adapté. Des fesses rebondies, une poitrine généreuse, un ventre de femme enceinte, la modèle au corps changeant chamboule les normes physiques et incarne une femme hétéroclite mais également satirique se jouant des codes de la photographie de mode.

Des natures mortes à l’esthétique neutre et à l’aspect sculptural accompagnent la série. Présentés au rang d’œuvre d’art, les éléments composant ces photographies sont à la fois les prothèses ayant servies à modifier ce corps modèle, mais sont également l’expression de l’identité féminine : le galbé, la charnalité et la maternité.

Photographie : Calypso Mahieu // Stylisme : Arthur Mayadoux // Directrice de casting : Marie Dalmasso // Modèle : Camille Raffray // Production : Poly- // Hair : Mathieu Laudrel // Make-Up : Océane Sitbon // Manucure : Sueva Foltzer // Assistants photo : Pierre-Olivier Guillet & Eva-Marie Sieys // Assistante Styliste : Mathilde Chaize // Lieu : Studio Kogan